John Fade – L’affaire Johan Jones, Grégory Bryon

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Vous êtes arrivé en l’an 2260. Une révolution a eu lieu 30 années plus tôt, à faire pâlir Donald Trump. Le monde change-t-il vraiment année après année, décennie après décennie… ?

Une affaire d’androïdes ?

Projeté en 2260, les androïdes sont n’importe où, effectuant les tâches les plus ingrates que l’homme ne veut plus faire sous mesure de pénibilité et de bien-être. Les androïdes s’approchent des humains, mais n’en seront jamais grâce à la révolution de l’année 2230. Cette puissance de technologie ne peut ressentir les émotions, avoir un visage à part entière ou encore réagir avec des intonations. Il pourra toutefois détecter vos sentiments et vous proposer, si besoin, une boisson énergisante ou apaisante.

John Fade, humain à part entière, aimerait vivre pendant le 20e ou le 21e siècle. Accro au bourbon et au bacon, il souhaiterait que toutes ces machines cessent de lui rappeler son état de santé alertant. Détective à ses temps perdus, depuis qu’il a quitté la Police, John doit retrouver Virgil Pepper. Ce dernier a disparu quatre jours plus tôt, selon les dires de sa femme, Julie. Seulement, lorsque John commence les recherches, il n’explique pas le fait que Virgil n’est pas marié selon l’état civil, ni l’existence de Julie.

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Une affaire culturelle ?

Grégory Bryon n’est pas encore quarantenaire, et pourtant il révolutionne les codes. Après avoir claqué la porte au monde informatique, il utilise maintenant son ordinateur pour vous concocter des histoires hybrides. Son passé d’informaticien et ses passions (tels les moutons électriques de Dick) lui permettent de puiser dans son savoir pour enrichir ses textes.

Courte nouvelle, polar et science-fiction. Ces genres n’ont pas l’air de pouvoir se mélanger, et pourtant l’auteur y réussit très bien. Certes le cliché du détective alcoolique à la bouteille de bourbon dans son tiroir arrive rapidement mais, laissez-lui une chance pour vous emmener dans son univers qui s’installe deux pages plus loin. Les amateurs pourront reconnaître quelques références de science-fiction (notamment 6e sens), et les autres en découvrir de nouvelles. Alors prenez vous une heure (ou deux) pour vous échapper du 21e siècle !

Le livre dont vous êtes la victime, Malo de Braquilanges

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Vous avez du mal à ouvrir les yeux, à voir quoi que ce soit. Vous êtes enfermé(e), dans le noir et votre mémoire est incapable de vous aider.

La victime, c’est vous

Vous tentez de maintenir vos yeux ouverts, de voir quelque chose, n’importe quoi qui vous permettrait de vous rappeler de quoi que ce soit. Rien. Il fait absolument noir dans cette pièce. Alors vous décidez de vous déplacer, pour décrire un bouton pour allumer la lumière ou pour sortir. Mais ce n’est pas le cas.

Votre corps ne répond plus comme il le devrait. Vous n’arrivez plus à établir des mouvements cohérents pendant quelques secondes avant de retrouver votre motricité. Puis vous comprenez, vous avez été droguée. Cette drogue vous a affaiblit physiquement, et elle vous a pris votre mémoire. Un homme, habillé de son costume trois pièces, vous apprend sa présence et semble prêt à jouer avec vous.

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Le coupable, c’est lui

Malo de Braquilanges, jeune auteur et étudiant, commence son premier roman en vous saisissant de peur et d’effroi. Son thriller vous marque et vous hante jusqu’à la fin. Vous ne pourrez vous empêcher de continuer à le lire, à avancer jusqu’au dénouement afin de vous extraire de cette affaire. L’objectif de l’auteur est d’impliquer le lecteur dans son roman, en le désignant comme la victime. Vous devenez ainsi son pantin et il en fait ce qu’il veut.

Un léger bémol se dévoile par quelques manques de formulation pour rendre le récit plus littéraire, plus vaporeux afin d’attacher le lecteur. Vous pourrez vite le pardonner à Malo de Braquilanges car son premier roman va envahir votre vie quelques temps. Les personnages sont amenés sensiblement. Vous avez le temps de prendre contact avec eux, avant de vous familiariser pour vous les approprier et de les mener (ou malmener) comme bon vous semble. Un thriller personnel et exaltant.

Kaboul Express, Cédric Bannel (La bête noire, Robert Laffont)

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Zwak est un jeune homme afghan détruit, à cause des occidentaux. Alors il met en place un projet pour se venger de tout ce qu’ils ont pu lui faire et les faire souffrir tout autant qu’il est détruit.

Une autoroute pour un attentat

Zwak n’a que dix-sept ans et est un vrai génie, puisqu’il a plus de 160 de QI. Alors que soixante-dix pour cent de la population afghane est analphabète, lui comprend tout ce qu’il se passe autour de lui et est capable de prévoir l’impact de la roquette que le djihadiste vient de lancer à côté de lui. Pourtant, il se fiche de comprendre comment le lance-roquette fonctionne ou pourquoi les talibans ont besoin de croire uniquement en Allah. Zwak croit au jeu vidéo qu’il vient de s’inventer dans la réalité, celui qui lui permet de passer étape après étape – level après level – afin d’aller combattre le boss ultime et le détruire, même si c’est au prix de sa propre mort.

Oussama Kandar, le chef de la police criminelle de Kaboul, et Nicole Laguna, la nouvelle directrice du service de recherche de la DGSI, vont devoir à nouveau collaborer. Ils auront pour mission de comprendre, de trouver et d’arrêter Zwak avant qu’il ne parvienne à réaliser un attentat massif. La collaboration afghane et française, facilitée par leur précédente rencontre, rencontre quelques problèmes administratifs alors que l’obligation du résultat doit être présente.

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Une réalité psychologique

Cédric Bannel change radicalement de style pour ce nouveau roman. En effet, le « page-turner » (l’écriture vous empêche de quitter le livre, l’histoire et vous avez toujours envie de savoir ce qu’il va se passer ensuite) est au rendez-vous. L’actualité fait que vous êtes obligatoirement impliqués dans l’histoire, dans cet attentat, d’autant plus que le réalisme est presque trop réaliste. L’effet de mode marque vos esprits, sans même vous en rendre compte. Daech va certainement tomber mais l’Afghanistan est en guerre depuis trop longtemps ; un autre groupe prendra le lead et tout recommencera. L’effet de mode continuera alors sa spirale.

La bête noire est la collection qui a permis cette publication, chez les éditions Robert Laffont. La maison d’édition est toujours présente sur les sujets où vous l’attendez le moins et ce n’est pas sans vous déplaire. En l’honneur de notre rencontre, la collection a fait un live Facebook. Vous comprendrez facilement que la collection puisse lui faire confiance car l’auteur ne peut décrire de paysage qu’il n’a pas déjà visité. Les scènes en ressortent plus authentiques encore. La maison d’édition permet aussi un (grand) hommage aux forces (spéciales) françaises et afghanes. En bref, préparez-vous au page-turning, à la violence psychologique et au réalisme.

Baad, Cédric Bannel (Points)

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Deux génies de flics, de deux pays différents, doivent se heurter au pire : affronter leur cauchemar le plus traumatisant de toute leur vie. L’un habite Kaboul, l’autre Paris.

Deux grands noms pour deux urgences internationales

Le colonel Oussama Kandar, surnommé Qomaandaan par ses équipes, influence le respect autour de lui. Le titre qu’il lui a été remis représente le fait qu’il a réussi à tenir face aux nombreuses guerres dans l’Afghanistan, dans Kaboul, et qu’il a réussi à rester en vie. Actuellement chef de la police criminelle de la ville dont la paternité est tous les jours remise en question, Kandar doit enquêter et trouver le meurtrier qui s’en prend aux enfants, à des fillettes d’une dizaine d’années. Sa femme rêve de rendre la liberté aux femmes de son pays, mais face aux talibans, à la culture et aux ennemis de son mari, l’affaire peut se révéler mortelle.

Nicole Laguna s’est illustrée en tant que numéro deux de la DGSE, puis chef et enfin comme responsable de la BNRF. Depuis quelques mois et le handicap qui l’incombe depuis son « accident », elle est devenue une conseillère en sécurité pour un grand cabinet. Un départ en retraite allégé et tranquille qui lui assure de voir ses enfants et son mari… Enfin jusqu’à ce qu’elle fasse enlever – elle et les siens – afin qu’elle utilise ses dons pour « aider volontairement » des trafiquants à trouver une nouvelle drogue de synthèse d’un mafioso.

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Un respect sans pareil

Cédric Bannel est un homme contradictoire et antagoniste. Sa préface annonce qu’il ne connaît pas ce Kaboul et cet Afghanistan décrits par les journaux occidentaux. Il connaît un Kaboul et un Afghanistan pauvre, souriant et motivé, nous engageant à croire que le plus beau peut arriver. Sa première scène est d’une violence sans nom, nous rappelant une nouvelle fois toutes les images que nous avons de la capitale afghane, alors que l’auteur souhaite nous les faire oublier. Le processus de guérison prendra toute une vie. Il mène son chemin jusqu’au bout, nous montrant le courage, la motivation et la détermination que les afghans doivent avoir face à ces guerres sans fin.

La collection Points publie à nouveau l’avant dernier roman de Cédric Bannel, chez les éditions Robert Laffont. L’équipe soudée permet de passer d’un rebondissement à l’autre, sans avoir le temps de souffler, enchaînant les journées comme si l’on était un spectateur de chacun des événements, juste aux côtés de l’auteur pendant son écriture, ou pendant sa lecture. Découvrez un nouvel Afghanistan, un nouveau Kaboul, où tout est question d’échange, de loyauté et de sentiments.

Les suicidées, Val McDermid (Flammarion)

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Une femme est retrouvée noyée dans un lac. Elle semble s’être suicidée malgré toutes les ecchymoses sur elle. Des milliers de personnes comptaient pourtant sur elle et l’aimaient comme une star.

L’influence sociale

Ces femmes envahissent les réseaux sociaux sous raison de féminisme et de liberté. Mais elles ne remplissent pas leurs rôles. Ceux-ci sont pourtant simples : s’occuper de leur famille et enfants, préparer le repas et être présente dans toutes les occasions. Mais elles préfèrent détruire les hommes, affirmer leur volonté de mieux faire et d’entraîner une vague de fans avec elles. Elles pensent avoir de l’influence, mais elles n’ont pas les épaules pour ça. Tout cela doit s’arrêter, telle est la pensée de l’homme qui regarde défiler les twittes de sa prochaine victime. Il est toutefois assez intelligent pour savoir qu’il ne doit se comporter comme un troll. Il serait alors repéré, tôt ou tard. Il est plus habile que cela. Ces femmes se suicident afin de ne plus subir toutes ces insultes et tous ces harcèlements continus.

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L’influence humaine

Val McDermid s’adapte et change de style. Tous les auteurs n’en sont pas capables ou savent mal le gérer, il est donc important de le noter. La romancière offre à son lecteur le savoir, en laissant quelques chapitres du point de vue du coupable pour vous faire comprendre son univers, ses pensées et tenter d’apprécier sa culpabilité, son humanité. Le lecteur devient alors jury des affaires contenu dans le polar. L’auteure a une plume aussi touchante que l’écoute de la radio peut l’envahir de colère chaque matin.

La traduction menée par Perrine Chambon et Arnaud Baignot est encore une fois majestueuse et envoûtante. Les éditions Flammarion ont de quoi être fières du couple de traducteurs. Les traducteurs connaissent les personnages récurrents de Val McDermid quasiment aussi bien que l’auteure car ils travaillent également sur chacune des enquêtes de Carol Jordan et Tony Hill. Il ne reste plus qu’à savoir si le prix du Quai du polar acceptera de reconnaître la dernière reine d’Ecosse.

Une victime idéale, Val McDermid (J’ai lu)

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Paula arrive dans le nouveau commissariat en tant que lieutenant. Mais avant de commencer à être le meilleur bras droit du commandant Fielding, elle va prendre la déposition de Torin pour la disparition de sa mère.

Interroger une victime

Paula doit non seulement s’adapter à son nouveau poste de lieutenant mais aussi à son nouveau commandant. Elle n’a pas l’habitude de travailler avec Fielding, malgré les collaborations qu’elle a déjà faite pour la brigade d’enquêtes prioritaires. Prendre en charge Torin à la place d’un simple agent pour que l’adolescence puisse avertir de la disparition de sa mère n’est pas pour plaire à son supérieure.

Pourtant, lorsque Paula termine son interrogatoire, elle part rejoindre le plus rapidement possible le commandant afin de prendre connaissance d’une scène du crime absolument macabre, sanglante et spartiate. La victime, une femme de taille moyenne, blonde et aux yeux bleus, a été torturée à plusieurs reprises et trouvée dans un squat infâme. Paula voyage avec quelques doutes surtout que la description de la victime est celle de son ex-commandant.

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Connaître une victime

Val McDermid est une écrivaine britannique connue et reconnue. Elle a de nombreux bestsellers à son actif. Et beaucoup de prix lui ont été assignés. Ses crimes sont approuvés par le Diamond Dagger Award, le Gold Dagger Award, l’Anthony Award et la BBC. L’auteure fait couler le sang violemment mais pas de manière régulière. Elle n’hésite pas à torturer ses victimes pour transpercer vos barrières et vous transmettre le plein d’émotions.

Les éditions J’ai lu ont republié ce livre en version poche, après les éditions Flammarion. La lecture est agréable, dynamique et aérée. Perrine Chambon et Arnaud Baignot ont vraiment maîtrisé le caractère de chacun des personnages. La traduction est ni trop descriptive, ni trop verbeuse. Un livre qui doit être sur votre table de chevet pour vous refroidir le dos (dans les nuits chaudes).

Kabukicho, Dominique Sylvain (Viviane Hamy)

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Kabukicho est un quartier de Shinjuku, à la périphérie de Tokyo. Le jour, les touristes découvrent ce quartier éclectique et incontournable. La nuit, les salariés vont s’y détendre, échangeant des promesses avec des hôtes particulièrement recherchés.

Un Japon tumultueux

Dans la cacophonie de Kabukicho, Yudai est l’hôte le plus prisé. Il dirige le Café château et essaie d’échapper aux Yakusa – la pègre japonaise – à qui il doit beaucoup d’argent, comme tous les propriétaires au Kabukicho. Les temps sont durs et les clients ne viennent plus aussi souvent qu’ils ne le faisaient. Ils ne viennent plus au Café château pour boire et fleureter finement avec des hôtes, alors que c’est l’endroit le plus affectionné de Kabukicho.

Son amitié avec Kate permet à Yudai de s’aérer. Seule, Kate, arrive à le comprendre. Kate Sanders est une anglaise, une étrangère qui s’est bizarrement adaptée au Japon et à ses coutumes. Elle est devenue une icône, la meilleure hôtesse du Club Gaïa. Alors quand Kate ne se présente pas au rendez-vous de Yudai, il se demande ce qui a bien pu l’empêcher de venir… Mais le temps qu’il pose la question au Club Gaïa, la colocataire de Kate, Marie – une française –, a déjà prévenu la police et son père de sa disparition.

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Un Japon persistant

Dominique Sylvain est une fine connaisseuse du Japon puisqu’elle y a vécu une dizaine d’années. Le nom de l’auteure ne vous est pas inconnu : normal, direz-vous, elle a reçu le Grand prix des lectrices de Elle, et quelques autres en plus. Sa plume ne cesse d’évoluer car l’auteure ne souhaite pas rester figée dans un style et s’essaie à des manipulations du genre en transgressant les codes. A contrario, Dominique Sylvain adore jouer au jeu de la rencontre des lecteurs afin d’échanger avec eux et pourquoi pas découvrir, elle-même, de nouvelles lectures.

Les éditions Viviane Hamy existent depuis seulement 26 ans et ont déjà vécu de nombreux tumultes. Grâce à sa jeunesse et à sa détermination, elles ont pu renaître et devenir une référence indépendante dans la littérature française La sobriété de la couverture et de la mise en page mettent, encore une fois, en avant ce renouveau, cette libération des surplus non nécessaires. Cette petite maison d’édition évolue en pensant à ces auteurs, à ces lecteurs puis à son développement. Les éditions Viviane Hamy demeurent humaines et familiales.