Les crayons de couleur, Jean-Gabriel Causse (Flammarion)

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Les couleurs disparaissent du jour au lendemain. Il ne reste que du monde que du blanc, du noir et du gris. Quel chemin les couleurs ont-elles prises ?

Voir la vie en rose, le bonheur

Arthur est un parisien qui se défraîchit. Il était un grand commercial, tout lui réussissait. Et puis, du jour au lendemain, il perd sa confiance et n’est plus que l’ombre de lui-même… presqu’une épave, qui n’accepte pas sa défaite. Arthur s’apitoie sur son sort mais lorsque Pole Emploi l’envoie à l’entreprise Gustave Cluzel, il n’a vraiment pas l’intention de décrocher ce travail. Alors Arthur ne fait aucun effort et fait tout pour ne pas être embauché.

Pourtant, le patron de Cluzel n’a pas le choix. Il a besoin de redorer le blason de l’entreprise le plus rapidement possible et Arthur semble le plus qualifié. Arthur se retrouve à essayer de vendre les crayons de couleur de l’entreprise fabriqué en France, mais plus personne n’en veut. Les produits importés sont bien moins chers. L’entreprise fait faillite et les couleurs disparaissent au même moment. Comment retrouver les couleurs et la joie de vivre alors que tout n’est fait que de gris ?

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Ravir la couleur des sentiments

Jean-Gabriel Causse était publicitaire avant de devenir un spécialiste de la couleur. Comme Newton et sa pomme, c’est simplement en se versant involontairement du vin sur son T-shirt blanc qu’il a eu une révélation. Le T-shirt était maintenant rouge, mais est-ce vraiment de cette manière que les autres personnes autour de lui pouvaient le percevoir. La profondeur de la couleur a toute son histoire également. Imaginez donc une couleur caramel douce, vous n’aurez pas la même appréhension si vous savez que c’est la couleur originale des yeux de Mona Lisa. La perception de l’auteur lui permet ces divers voyages internationaux.

Les éditions Flammarion continuent sur sa lancée avec l’auteur, puisque c’est sa seconde publication. L’anti-héros est le véritable héros de l’histoire, malgré l’importance des personnages secondaires. Arthur change de vie pour retrouver les couleurs et le goût de vivre. Le lecteur accompagne les personnages, chacun pourra s’identifier dans un trait de caractère, ou un trait de crayon. Lire Jean-Gabriel Causse, c’est comme lire un Musso ou un Levy, ça fait du bien et vous continuez de lire juste pour connaître la suite ou parce que vous restez attaché aux personnages qui vous accompagne. Après ce roman, vous ne verrez plus les couleurs de la même manière !

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Reconstitution, Thierry Moral (IS Edition)

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Au début, il y avait quatre tours, un ou deux milliers d’habitants. A la fin, plus rien existe. Comprendre la destruction pour reprendre vie, un but d’existence.

Reconstruction

La cité des Hérons s’est construite autour des quatre immeubles. Puis la mairie s’en est mêlée et a décidé de « rendre vivable » cette cité. Alors, pour cela, elle commence par détruire ces immeubles pour ensuite faire construire nombre de petites maisons pour les habitants travaillant tous à l’usine du coin. La tour B est la dernière à être détruite, la faute au calendrier et aussi au budget qui était bien sûr mal évalué.

Jean-Luc, savamment surnommé JL, n’a trouvé qu’un seul moyen pour exister dans cette cité infernale : être une balance. Le jour précédent la destruction de la tour B, un grand jeu s’organise dans la demeure inhabitée depuis plus d’un an. Le boss a requis cinq jeunes pour le jeu, Rudy les lui trouve mais doit aussi faire face à JL. Huit ans plus tard, JL continue de revivre le jeu jour après jour mais il est déterminé à parler aujourd’hui même si le boss l’a menacé de lourdes représailles.

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Renouveau

Thierry Moral est une personne diversifiée et diversifiante. En premier lieu, il est d’origine hispanique et polonaise, un beau mélange pour deux cultures changeantes. Ensuite, l’auteur a grandi en cité, il connaît donc son sujet et le maîtrise jusqu’au bout des doigts pour vous transmettre son histoire. Il s’oriente dans la mise en scène, puis en tant qu’acteur en nageant à contre-courant. Enfin, il aime raconter des histoires, alors il se met à l’écriture sans nous en déplaire. Vous trouverez toutes ses publications sur son site personnel.

IS Edition n’est pas une simple maison d’édition. Même si elle est encore un peu jeune, elle n’hésite pas à faire la promotion des librairies indépendantes (au détriment des gros distributeurs) et favorise son patrimoine régional pour vous permettre plus de découvertes. L’univers est glaçant et hypnotique. La violence se présente davantage sous forme psychique que physique, même si elle est tout de même exposée. Les bas-fonds de l’humanité surgissent pour démontrer la vie dans les quartiers pauvres métropolitains.

Un amour d’espion, Clément Bénech (Flammarion)

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Vous êtes embauché pour l’été pour jouer les espions, ou plutôt pour suivre tous les mouvements d’un homme grâce aux réseaux sociaux et savoir s’il peut être le petit-ami de votre amie en toute confiance.

L’amour ou l’amitié

Vous êtes étudiant à Paris, en géographie. Le printemps est déjà bien avancé et les partiels débarquent comme un cheveu sur la soupe. Pour vous, le mois de mai signifie donc révisions, révisions et encore révisions. Oui, mais voilà : le mois de mai est aussi synonyme des play-offs de NBA aux Etats-Unis, et avec le décalage horaire, vous passez toutes vos nuits à regarder le basket-ball en streaming jusqu’au petit-matin.

Le côté bénéfique d’être en décalé avec votre timezone est que vous pouvez tranquillement échanger avec votre amie Augusta, récemment émigrée aux Etats-Unis à la recherche d’un stage pour lancer sa carrière. Si Augusta réussit à dégoter un entretien dans l’un des journaux les plus connus, j’ai nommé, le New York Times, elle n’est pas aussi sûre à propos de son petit-ami, Dragan. Il est accusé d’assassinat dans chacun de ses articles publiés. Augusta vous réquisitionne pour le suivre et savoir le fin mot de l’histoire.

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L’espionnage ou la confiance

Clément Bénech travaille dans l’édition jeunesse et également en tant que pigiste chez Libération pour la rubrique Images. L’auteur n’en est pas à son premier coup d’essai. Un amour d’espion est son troisième roman, alors qu’il n’a que 26 ans. Vous pouvez le retrouver dans L’été Slovène ou Lève-toi et charme, aussi chez Flammarion.

La maison d’édition Flammarion parie sur la jeunesse pour sa rentrée littéraire. Augusta semble être la conscience de l’auteur : elle a déjà écrit deux romans et l’encourage dans le sien. Ce roman est une vraie revue des réseaux sociaux par la génération Z, expliquée au reste du monde. De plus, la personnification de l’auteur par un narrateur omniscient donne presque une atteinte à la vie privée, comme tous les stalks anonymes qui peuvent fait grâce aux médias maintenant. Les milléniales envahissent la toile et propose de nouveaux concepts pour vous toucher.

Tangvald, Olivier Kemeid (Gaïa Editions)

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Olivier Kemeid rencontre la famille Tangvald alors qu’il n’a qu’une dizaine d’années. Il ne cessera d’ici là d’être obsédé par eux et leur mode de vie hors du commun.

La famille Tangvald

Lors de l’un de ces voyages de vacances à la mer, Olivier a rencontré la famille Tangvald, accompagné de ces parents. Plus exactement, il a fait la connaissance de Thomas Tangvald. Il était déjà à l’époque, alors qu’ils n’avaient qu’une dizaine d’années chacun, un aventurier hors pair. Thomas avait déjà fait plusieurs fois le tour du monde en bateau, dans tous les sens, sans assistance et sans compétition. Il n’en tirait aucun profit et ne se sentait pas supérieur à n’importe quel enfant de son âge. Il avait à peine conscience que son parcours était atypique. Pour commencer, Thomas est né en pleine mer. Cet évènement provient du mode de vie de son père : Per Tangvald.

Per Tangvald a passé son enfance et le début de son adolescence en région parisienne, aux temps de l’entre-deux guerres et du début de la seconde guerre mondiale. Le début de cette guerre marquera sa libération. Plus besoin de rester enfermer entre les quatre murs de sa chambre, il peut enfin découvrir le pays et échapper aux coutumes de la bourgeoisie. Suite à ces nombreuses erreurs de ne pas réussir à devenir quelqu’un, son père l’inscrit à une formation de voilier. Cet événement sera le point de départ de toutes les aventures de Per.

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L’ami Tangvald

Olivier Kemeid nous offre une prose des plus artistiques. L’investissement de l’auteur ne peut être plus important. Il y a consacré sa vie, depuis son enfance et ce, jusqu’à la mort de son ami. Cette fois, c’est à son tour d’apposer l’épilogue à son roman posthume. Les parallèles entre le roman de Tangvald et celui-ci sont des ponts entre les bateaux des Tangvald et la terre de Kemeid.

Gaïa Editions est une maison d’édition aussi atypique que ces auteurs, à la recherche de voyages opportuns et originaux depuis votre canapé. J’ai attaqué ce roman comme le récit d’un voyage, d’une transatlantique. Il s’avère bien plus important que cela. Une traversée en solitaire, sans assistance et sans matériel technologique de localisation ne semble pas être un énorme exploit à sa lecture ; la vie en est tout autrement. Lisez l’épilogue avec My immortal d’Evanescence, interprétée par Lindsey Stirling, les émotions vont vite vous emporter.

Enquête aux volets bleus, Kate Oliver (IS Edition)

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Votre fille, Zéolie, vous propose une sortie entre femmes avant son départ à l’autre bout du monde. Vous ne pouvez que vous réjouir de son enthousiasme.

Un voyage redéfini

Depuis quelques temps, vous êtes troublée. Mais pour aujourd’hui, ce n’est pas grave, parce que Zéolie vous emmène faire une virée ensemble, rien que toutes les deux, entre femmes. Cela n’était pas arrivé depuis trop longtemps, mais vous ne pouvez pas lui en vouloir, car elle est en train de construire sa vie future (même si vous aimeriez autant que ce soit beaucoup plus proche de chez vous). Seulement voilà, le super voyage entre femmes s’est transformée en visite d’une maison de retraite, l’endroit où votre fille compte bien vous envoyer avant son départ.

Certes, Zéolie a gagné votre internement contre votre gré, avec votre médecin traitant, suite à votre début d’Alzheimer. Mais ce n’est pas pour autant que vous n’allez pas vous amuser. C’est vrai quoi. Allez-vous rejoindre le club des buveuses de thé ? Vous avez encore faim après le plateau repas que vous avez mangé au réfectoire ? Pas de soucis, vous pourrez vous rendre dans la nuit en cuisine pour vous abreuver des repas prévus pour le dimanche aux familles qui visitent les pensionnaires. Pourquoi la directrice a-t-elle arrêtée toutes les activités ? Pourtant, quand une infirmière tombe malencontreusement dans les escaliers, la police ouvre une enquête pour tentative de meurtre.

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Une maison hilarante

Kate Oliver s’est installée en Normandie avec ses deux enfants, tous les deux enseignants. L’autrice a déjà publié son quatrième roman, dont un en autoédition. Ses passions réjouissent ses autres publications Le fils du Diable est un ange, ou Le Diable est éternel, ou encore Que votre volonté soit faite. Sa culture en littérature historique, ses voyages et son amour des contes fantastiques mènent aux fondements de ses écrits.

IS Edition est une maison d’édition marseillaise. Elle recherche d’abord l’atypique chez ses auteurs, tout en restant dans les genres codifiés, tels que la science-fiction, la romance et la littérature. Lorsque vous abordez un roman, vous vous attendez difficilement à vous retrouver dans une maison de retraite. Les pensionnaires n’ont pas la moindre intention de se répandre sur leurs conditions de vie, mais plutôt d’aller titiller les règles de bon fonctionnement. Une approche originale démontrant que la cour de récréation reste ouverte jour et nuit, et à tout âge.

(Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire, Stéphanie Pélerin (Mazarine)

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A la base, c’est une histoire banale : Ivana se retrouve larguée par son Baptiste après huit années de vie commune. Pourtant, Ivana va vivre des expériences éprouvantes avant de se rediriger vers une vie… normale.

La fraîcheur de l’été…

Ivana est une femme, à peine trentenaire, jolie et qui ne le sait (croit) pas. Elle vit sa routine avec son prince charmant, Baptiste, qu’elle épice de temps à autre pour éviter de tomber dans l’ennui. Toutefois, Baptiste ne peut plus lui mentir et lui avoue (après une tentative de réveil coquin) qu’il n’imagine plus leur futur ensemble (après huit années de vie de couple). Ivana accuse le coup et tente de paraître face à ses collègues.

Le professeur de sport le plus sexy du collège-lycée où Ivana enseigne déjoue ses manœuvres et découvre le pot-au-rose en quelques secondes. Le sportif est aussi nommé le plus bavard et fait porter les commérages. Jamais deux sans trois. Ivana s’inscrit sur un site de rencontres. Avec sa beauté et sa poésie, les rencontres se multiplient… sans qu’elle ne réussisse à trouver chaussure à son pied.

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… apporte son lot d’expériences

Stéphanie Pèlerin est une professeure de français dans la banlieue parisienne, comme son personnage. L’histoire d’Ivana semble fortement inspirée de faits réels et actuels, si ce n’est de l’histoire de l’auteure elle-même. La plume est travaillée et rafraîchissante, deux arguments inéluctables pour emmener le livre en vacances (voire le lire pendant les transports). Les écrits vous attendriront (tout le monde a déjà vécu une rupture) et vous feront rire (les élèves maudissent notre langue).

Les éditions Mazarine sont restées dans leurs classiques, au niveau de la mise en page du livre. Aucune frivolité n’apparaît, au contraire du style. Dommage, cela aurait pu ajouter une dose de fraîcheur supplémentaire. La sobriété l’emporte et suffit à porter l’auteure. Mazarine fait un effort écologique en acceptant la publication sur papier en fibres recyclées, ce qui lui permet de réduire son empreinte tout étant présent sur le marché du livre papier.

Avant toi, Jojo Moyes (Milady)

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Louisa habite dans un petit village anglais où la seule activité touristique, le château, génère toute l’économie. Elle perd son emploi de serveuse de café, suite au départ du propriétaire. Elle doit trouver un moyen d’apporter de l’argent dans le foyer.

Un emploi indésirable

Louisa réside toujours chez ses parents malgré ses 27 ans par manque de fond. Son père travaille à l’usine de tapisserie. Sa mère s’occupe de son père, emménagé sous une surveillance accrue. Sa sœur, Treena, tente de s’en sortir avec son emploi chez le fleuriste pour son fils, Thomas. Patrick, son petit-ami, l’encourage à le rejoindre dans son entreprise de coaching et à participer un triathlon extrême.

Louisa atteint ses limites lorsqu’elle voit Syed, son conseiller Pole Emploi. Elle doit se rendre chez la famille Traynord afin de passer un entretien pour un poste d’aide-soignante. Camilla ne l’apprécie pas mais reconnaît sa joie de vivre. Will, tétraplégique, va devoir supporter la tête de mule grossière choisie par sa mère.

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Un travail envahissant

Jojo Moyes a mené des recherches précises pour coller à la réalité de son histoire, tellement que l’on s’attend à découvrir la note « d’après une histoire vraie » (mais elle n’apparaît pas). Ces éléments concrets permettent de nous balader facilement dans le récit.

La rythmique est trop changeante. On ne cesse de passer d’un rythme rapide à un rythme lent, puis l’inverse. A tel point, lorsqu’on commence le roman, on se croit dans une nouvelle. Puis le pavé d’éléments sur le handicap vous assomme. Moyes s’attaque au débat de la mort thérapeutique uniquement par des clichés. On lit les arguments des deux parties mais on ne ressent pas l’engagement de l’auteur. Avant toi enthousiasme mais le style manque de travail.