Kaboul Express, Cédric Bannel (La bête noire, Robert Laffont)

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Zwak est un jeune homme afghan détruit, à cause des occidentaux. Alors il met en place un projet pour se venger de tout ce qu’ils ont pu lui faire et les faire souffrir tout autant qu’il est détruit.

Une autoroute pour un attentat

Zwak n’a que dix-sept ans et est un vrai génie, puisqu’il a plus de 160 de QI. Alors que soixante-dix pour cent de la population afghane est analphabète, lui comprend tout ce qu’il se passe autour de lui et est capable de prévoir l’impact de la roquette que le djihadiste vient de lancer à côté de lui. Pourtant, il se fiche de comprendre comment le lance-roquette fonctionne ou pourquoi les talibans ont besoin de croire uniquement en Allah. Zwak croit au jeu vidéo qu’il vient de s’inventer dans la réalité, celui qui lui permet de passer étape après étape – level après level – afin d’aller combattre le boss ultime et le détruire, même si c’est au prix de sa propre mort.

Oussama Kandar, le chef de la police criminelle de Kaboul, et Nicole Laguna, la nouvelle directrice du service de recherche de la DGSI, vont devoir à nouveau collaborer. Ils auront pour mission de comprendre, de trouver et d’arrêter Zwak avant qu’il ne parvienne à réaliser un attentat massif. La collaboration afghane et française, facilitée par leur précédente rencontre, rencontre quelques problèmes administratifs alors que l’obligation du résultat doit être présente.

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Une réalité psychologique

Cédric Bannel change radicalement de style pour ce nouveau roman. En effet, le « page-turner » (l’écriture vous empêche de quitter le livre, l’histoire et vous avez toujours envie de savoir ce qu’il va se passer ensuite) est au rendez-vous. L’actualité fait que vous êtes obligatoirement impliqués dans l’histoire, dans cet attentat, d’autant plus que le réalisme est presque trop réaliste. L’effet de mode marque vos esprits, sans même vous en rendre compte. Daech va certainement tomber mais l’Afghanistan est en guerre depuis trop longtemps ; un autre groupe prendra le lead et tout recommencera. L’effet de mode continuera alors sa spirale.

La bête noire est la collection qui a permis cette publication, chez les éditions Robert Laffont. La maison d’édition est toujours présente sur les sujets où vous l’attendez le moins et ce n’est pas sans vous déplaire. En l’honneur de notre rencontre, la collection a fait un live Facebook. Vous comprendrez facilement que la collection puisse lui faire confiance car l’auteur ne peut décrire de paysage qu’il n’a pas déjà visité. Les scènes en ressortent plus authentiques encore. La maison d’édition permet aussi un (grand) hommage aux forces (spéciales) françaises et afghanes. En bref, préparez-vous au page-turning, à la violence psychologique et au réalisme.

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Baad, Cédric Bannel (Points)

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Deux génies de flics, de deux pays différents, doivent se heurter au pire : affronter leur cauchemar le plus traumatisant de toute leur vie. L’un habite Kaboul, l’autre Paris.

Deux grands noms pour deux urgences internationales

Le colonel Oussama Kandar, surnommé Qomaandaan par ses équipes, influence le respect autour de lui. Le titre qu’il lui a été remis représente le fait qu’il a réussi à tenir face aux nombreuses guerres dans l’Afghanistan, dans Kaboul, et qu’il a réussi à rester en vie. Actuellement chef de la police criminelle de la ville dont la paternité est tous les jours remise en question, Kandar doit enquêter et trouver le meurtrier qui s’en prend aux enfants, à des fillettes d’une dizaine d’années. Sa femme rêve de rendre la liberté aux femmes de son pays, mais face aux talibans, à la culture et aux ennemis de son mari, l’affaire peut se révéler mortelle.

Nicole Laguna s’est illustrée en tant que numéro deux de la DGSE, puis chef et enfin comme responsable de la BNRF. Depuis quelques mois et le handicap qui l’incombe depuis son « accident », elle est devenue une conseillère en sécurité pour un grand cabinet. Un départ en retraite allégé et tranquille qui lui assure de voir ses enfants et son mari… Enfin jusqu’à ce qu’elle fasse enlever – elle et les siens – afin qu’elle utilise ses dons pour « aider volontairement » des trafiquants à trouver une nouvelle drogue de synthèse d’un mafioso.

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Un respect sans pareil

Cédric Bannel est un homme contradictoire et antagoniste. Sa préface annonce qu’il ne connaît pas ce Kaboul et cet Afghanistan décrits par les journaux occidentaux. Il connaît un Kaboul et un Afghanistan pauvre, souriant et motivé, nous engageant à croire que le plus beau peut arriver. Sa première scène est d’une violence sans nom, nous rappelant une nouvelle fois toutes les images que nous avons de la capitale afghane, alors que l’auteur souhaite nous les faire oublier. Le processus de guérison prendra toute une vie. Il mène son chemin jusqu’au bout, nous montrant le courage, la motivation et la détermination que les afghans doivent avoir face à ces guerres sans fin.

La collection Points publie à nouveau l’avant dernier roman de Cédric Bannel, chez les éditions Robert Laffont. L’équipe soudée permet de passer d’un rebondissement à l’autre, sans avoir le temps de souffler, enchaînant les journées comme si l’on était un spectateur de chacun des événements, juste aux côtés de l’auteur pendant son écriture, ou pendant sa lecture. Découvrez un nouvel Afghanistan, un nouveau Kaboul, où tout est question d’échange, de loyauté et de sentiments.

En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis (Points)

Eddy Bellegueule Edouard Louis Picardie

Eddy est un picard, homosexuel et né de classe inférieur. Il souhaite être normal.

L’insurrection contre la Picardie

Eddy se rappelle son enfance et décrit toutes les situations qui lui reviennent. Sa région natale l’a empêchée de se développer comme un parisien ou une personne de classe sociale « riche ». Dans son village, on déteste les riches. Sortir du village n’est pas possible. Ce n’est pas qu’il y ait un dôme pour vous en empêcher. Votre vie est programmée avant votre naissance, que vous soyez un garçon ou une fille.

Eddy n’est pas un enfant comme les autres. Il ne sait pas faire comme tout le monde. Il essaie encore et encore mais il n’y arrive jamais totalement. Il n’aime pas le foot. Il veut faire ces devoirs et ne pas regarder la télé.

En finir avec Eddy Bellegueule Edouard Louis

Eddy Bellegueule devient Edouard Louis

Edouard Louis rencontre son personnage, lui-même, et lui fait revivre son enfance. Les doses de lumière et de sombre sont omniprésentes. Le livre est en deux parties. La première nous présente le gouffre. On s’attend donc, dans la partie suivante, à découvrir la lumière puisque l’auteur nous illumine ces noires histoires. Toutefois, il nous surprend et décrit ces tentatives, ces fuites et ces retours à la réalité.

A noter que les éditions Points ont choisi de ne pas respecter les normes éditoriales en commençant, par exemple, un chapitre sur une page paire. L’édition n’hésite pas à choisir ces auteurs en fonction de leur plume : ce livre rappelle l’écriture de Caryl Férey.

Comment devient-on écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale, Caryl Férey (Points)

auteur en exterieur

Toute personne peut devenir auteur. Mais le chemin pour y arriver peut être long, distordant et se terminer à tout moment.

L’amitié forge l’écriture

Férey a commencé à écrire des histoires pour ses camarades de classe en primaire. Il mettait en scène ceux-ci, déguisait en elfes les filles magnifiques, partait à l’aventure dans l’espace et faisait subir tortures et morts aux traitres.

Grandissant avec ces amis et ces diverses connaissances, il s’est rendu compte qu’il souhaitait devenir écrivain. C’était le projet de sa vie. Grâce à eux et au RMI, il a ainsi pu atteindre son objectif et réussir à être publié dans plusieurs grandes maisons d’édition.

Comment devient-on écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale Caryl Férey

L’écriture poussée au point d’exception

Caryl Férey se met en personnage dans sa nouvelle. Il analyse l’ensemble de sa carrière, depuis sa tendre enfance, avec son frère hyperactif, jusqu’à sa publication chez Gallimard, un poil désastreuse.

Le style est majestueux et présent de la première à la dernière. Le travail d’écriture est fortement intéressant. Par exemple, le premier chapitre comporte deux phrases ; la première fait onze pages. Le rythme change sans cesse, passant d’un martèlement à une langueur calculée à la seconde près ; le tout référencé par une quinzaine de chansons, chanteurs et groupes d’exception.