Les suicidées, Val McDermid (Flammarion)

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Une femme est retrouvée noyée dans un lac. Elle semble s’être suicidée malgré toutes les ecchymoses sur elle. Des milliers de personnes comptaient pourtant sur elle et l’aimaient comme une star.

L’influence sociale

Ces femmes envahissent les réseaux sociaux sous raison de féminisme et de liberté. Mais elles ne remplissent pas leurs rôles. Ceux-ci sont pourtant simples : s’occuper de leur famille et enfants, préparer le repas et être présente dans toutes les occasions. Mais elles préfèrent détruire les hommes, affirmer leur volonté de mieux faire et d’entraîner une vague de fans avec elles. Elles pensent avoir de l’influence, mais elles n’ont pas les épaules pour ça. Tout cela doit s’arrêter, telle est la pensée de l’homme qui regarde défiler les twittes de sa prochaine victime. Il est toutefois assez intelligent pour savoir qu’il ne doit se comporter comme un troll. Il serait alors repéré, tôt ou tard. Il est plus habile que cela. Ces femmes se suicident afin de ne plus subir toutes ces insultes et tous ces harcèlements continus.

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L’influence humaine

Val McDermid s’adapte et change de style. Tous les auteurs n’en sont pas capables ou savent mal le gérer, il est donc important de le noter. La romancière offre à son lecteur le savoir, en laissant quelques chapitres du point de vue du coupable pour vous faire comprendre son univers, ses pensées et tenter d’apprécier sa culpabilité, son humanité. Le lecteur devient alors jury des affaires contenu dans le polar. L’auteure a une plume aussi touchante que l’écoute de la radio peut l’envahir de colère chaque matin.

La traduction menée par Perrine Chambon et Arnaud Baignot est encore une fois majestueuse et envoûtante. Les éditions Flammarion ont de quoi être fières du couple de traducteurs. Les traducteurs connaissent les personnages récurrents de Val McDermid quasiment aussi bien que l’auteure car ils travaillent également sur chacune des enquêtes de Carol Jordan et Tony Hill. Il ne reste plus qu’à savoir si le prix du Quai du polar acceptera de reconnaître la dernière reine d’Ecosse.

Les choix de Clara, Sophie Di Paolantonio (Flammarion)

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Clara est une jeune trentenaire parisienne, qui aime faire la fête. Alexandre est un quarantenaire corse, qui a du mal à se passer de son île natale ; même en sachant qu’en business, il vaut mieux avoir affaire à la capitale.

Parigi – Corsica

Clara habite Paris depuis une dizaine d’années. Elle continue d’aimer et de chérir cette ville tendrement. Quand elle n’est pas à faire la fête à Bastille, Clara travaille au sein du service succession d’une banque de grande envergure. Alors que les dossiers doivent s’enchaîner pour permettre les clôtures de comptes le plus rapidement possible, sa dyslexie (trouble de la lecture spécifique et durable qui apparaît durant l’enfance) et sa dysphasie (trouble central lié au développement du langage oral et aux aspects réceptifs (décoder le langage reçu) et/ou expressifs (phonologiques, lexicaux, syntaxiques…)) la perturbent. Sans compter que les successeurs pensent souvent être la seule personne à avoir perdu un parent…

A contrario, Alexandre vit dans la capitale depuis 20 ans et ne la supporte pas. La ville sert à son business, mais c’est tout. Son amour va à la Corse et à sa mère, qui vit toujours là-bas et à qui il rend visite souvent. Une seule personne échappe à ce réquisitoire : son meilleur ami et associé. Alors, lorsque sa mère décède, il est dévasté. Et avoir Clara au téléphone ne va pas aider aux contrôles de ses émotions

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Les choix de Sophie

Sophie Di Paolantonio est une auteure très secrète. Elle se retrouve livrée à elle-même dans son premier roman, comme son personnage Clara, qui n’a d’autre choix que de subir cette exposition pour mieux découvrir le reste du monde. Sa plume a la légèreté de la chick-lit et le sérieux de la littérature française. Heureusement, son entourage l’a aidé à écrire, à faire face à la page blanche et la noircir de romantisme et d’humour riches.

Nous ne savons pas où les éditions Flammarion ont découvert l’auteure, mais une chose est certaine : ils n’ont pas intérêt de la laisser voler vers d’autres maisons d’édition (corses, ou pas). Ce premier roman est plein de styles, de positivismes et d’amour. Lucia Calfapietra et Nicolo Giacomin ont construit une magnifique illustration (pour la couverture), qui peut sembler basique, mais qui est criarde d’inventivité et de réalité.

C’est le roman à lire, un dimanche après-midi hivernal, dans votre canapé, le plaid sur les épaules.

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Les choix de Flammarion

Tabous, Danielle Thiéry (Flammarion)

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Edwige Marion, la directrice de service de crime spécialisé, continue de travailler malgré les préparations du réveillon de Noël. Elle emmène son équipe sur Bordeaux pour les disparitions d’une mère et de son bébé, ainsi qu’un père iranien introuvable.

L’ascendance du pouvoir

Alors qu’il fait nuit depuis quelques heures, Edwige Marion est sur Paris, à son bureau, lorsqu’elle apprend la Police Judiciaire de Bordeaux réquisitionne ses services. Célia Laporte a disparu, son bébé aussi, tandis qu’ils étaient au Pôle Santé de La Teste pour une consultation. La police a tenté de contacter son mari pour savoir s’il avait des nouvelles, malgré leurs séparations, mais celui-ci est introuvable.

Marion fait appeler sa nouvelle recrue, Alix de Clavery, pour lui présenter cette nouvelle affaire, une psychocriminologue. Alix est spécialisé dans les crimes des femmes sur enfants. Elle semble donc la plus adéquate pour prendre en main cette affaire… avec l’aide de quelques collègues de terrains. Seulement, il va falloir qu’elle s’acclimate rapidement à ces derniers car pour eux, une personne de terrain est beaucoup plus utile qu’un quelconque psychologue et la bourgeoisie d’Alix, née et ayant toujours été sur Paris, n’est pas la bienvenue dans la région bordelaise.

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La connaissance de l’Histoire

Danielle Thiéry tourmente ses lecteurs, passant du point de vue du probable assassin à celui des flics sans cesse afin de les perturber. Les lecteurs pensent connaître « la vérité » alors qu’ils ne savent ce que l’auteur leur laisse voir, entendre, sentir. Sa maîtrise du sujet ne peut être remise en question après ses années d’expérience au sein de la police française. La plume de Danielle Thiéry brille dans la noirceur de son histoire.

La collection Ombres noires ont réussi le coup magistral de recruter, dans ses rangs, la première femme à devenir Commissaire divisionnaire de la police française. Les éditions Flammarion ne sont pas prêtes de la laisser filer. La composition de ce polar incombe aux lecteurs de suivre le rythme d’un policier mais permet également de laisser le temps à la digestion. Peu importe les évènements, peu importe les sentiments, le policier doit aider à la résolution de l’enquête, quoi qu’il se passe dans son subconscient.

La petite boutique japonaise, Isabelle Artus (Flammarion)

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Au sortir de son adolescence, Pamela lit et s’imprègne de Mémoires d’une Geisha. Thad vit à Saint Brieuc depuis sa naissance et rêve de samouraï.

La geisha de Melun-Sénart et le samouraï breton

Pamela devait s’appeler Sue Ellen jusqu’à ce que sa mère se rendre compte de la traitrise du personnage de Dallas et opte pour Pamela sous conseil d’une infirmière lors de l’accouchement. Pamela pénètre dans l’univers du livre d’Arthur GoldenMémoires d’une Geisha – et en fait son orientation professionnelle. Elle découvre rapidement que Melun-Sénart n’offre pas de formation, ni en France. Elle apprend les différents arts pour devenir une Geisha au travers de son métier de serveuse au Yakitori (le restaurant japonais de Melun-Sénart), de son dana (son maître qui l’instruit sur la culture de son pays d’origine) et de la télévision (les divers reportages idéaux).

Jean Christophe Le Kervantec est un breton de naissance qui n’a pas eu de père. Sa mère souhaite qu’il ait une vie meilleure que la sienne, alors lorsqu’il a onze ans, elle fait changer son prénom par Thad, inspiré par le bestseller Hannah de Paul-Loup Sulitzer. Thad s’imprègne tout au long de sa vie bretonne, de son enfance et de son adolescence de télévision, de différentes séries. Musashi, un samouraï guerrier, lui envoie les rêves qu’ils pourraient réaliser ensemble si Thad arrive à être aussi performant que lui.

Thad se rend dans une petite boutique japonaise de la rive gauche de Paris pour acheter un bonsaï pour sa mère et découvre Pamela en habits traditionnels japonais. Il admire le plus beau bonsaï pendant un long moment avant de s’attarder sur Pamela. Il revient à plusieurs reprises plus ou moins régulièrement, ne sachant jamais quand il va venir ce qui perturbe Pamela, jusqu’à ce qu’il arrive à lui proposer un rendez-vous un midi. Depuis ce jour, ils ne se quittent quasiment pas mais les rêves se rappellent à leurs mémoires et envahissent leurs vies.

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La petite japonaise en France

Après ces neuf années passées à Psychologies Magazine, Isabelle Artus nous apprend que même dans les pires conditions, votre vie vous appartient et que vous pouvez agir dessus pour qu’elle soit belle et joyeuse. Pour son premier roman, la presse compare (déjà) la mère de La petite boutique japonaise à Amélie Nothomb. Elles ont certes toutes les deux l’attrait pour le Japon mais leurs sensibilités et leurs optimistes ne sont pas semblables. Amélie Nothomb est bien plus tranchée, incisive tandis qu’Isabelle Artus va vous ravir.

Comme j’ai pu le faire savoir à l’auteur lors de notre rencontre (grâce à Babelio et Flammarion, encore merci à eux de m’avoir permis d’y participer), je n’ai pas apprécié la présence de l’épilogue. L’épilogue fait quitter le lecteur du monde Terminer sur le dernier chapitre était beaucoup plus ouvert, permettait aux lecteurs de s’imaginer l’épilogue qu’ils souhaitent avoir. Isabelle Artus m’a confié avoir écrit cet épilogue bien plus tard que le précédent chapitre, qu’elle souhaitait une fin heureuse pour un autre personnage (secondaire dont je ne vous parle pas mais découvrez le, il est tout aussi intéressant) et que sa sensibilité l’a emportée dans son jugement.

Les éditions Flammarion n’ont pas fait un gros effort de mise en page. Cette dernière est classique, ce qui paraît dommage face à la nouveauté de sa catégorie new romance. Toutefois, ils ont largement compensé en mettant à contribution sur ce livre leurs personnels (édition, correction, couverture) connaissant la culture japonaise, ce qui permet aux lecteurs d’être beaucoup plus envahis par cet univers. Les lecteurs n’auront pas besoin de connaître l’ensemble des références pour comprendre et imaginer le Japon dans n’importe quel endroit où ils se trouvent.

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